L’ancien présentateur du JT Benoît Duquesne retrouvé mort à 56 ans sur sa péniche, sa fille Marie a pris sa relève à la télé

L’ancien présentateur du JT Benoît Duquesne retrouvé mort à 56 ans sur sa péniche, sa fille Marie a pris sa relève à la télé

La mort de Benoît Duquesne continue de toucher bien au-delà du monde des médias. Certaines disparitions figent une époque, tant elles laissent derrière elles une voix, un visage, une manière d’exercer un métier. La sienne appartient à cette catégorie rare. Plus de dix ans après, son parcours reste associé à une idée simple du journalisme : travailler dur, poser les bonnes questions, et ne jamais tricher avec le public.

Un journaliste forgé par le terrain

Avant d’incarner une grande figure de France Télévisions, Benoît Duquesne s’est construit loin des effets de plateau. Il apprend le métier au contact du réel, dans le rythme des reportages, des déplacements, des urgences à couvrir. Cette expérience façonne son style. Chez lui, l’autorité ne venait pas d’une posture, mais d’une préparation minutieuse et d’une connaissance des sujets. Ceux qui ont travaillé avec lui parlaient d’un professionnel solide, exigeant sans dureté, capable d’aller au fond des choses sans chercher à briller pour lui-même. Sa trajectoire, entre reportage, présentation de journaux et direction de rédaction, racontait déjà une vision nette du service public. On comprend mieux, avec le recul, pourquoi la mort de Benoît Duquesne a provoqué une onde de choc dans les rédactions.

Le dernier tournage

Le 3 juillet 2014, à Paris, il enregistre un numéro de Complément d’enquête dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Le décor a quelque chose d’élégant et de romanesque, avec ses cafés célèbres, ses arbres, ses passants, et cette atmosphère de la rive gauche. L’invité du jour, Bernard-Henri Lévy, accepte l’échange après avoir longuement hésité. Plus tard, il dira avoir été convaincu par la rigueur, la franchise et la courtoisie du journaliste.

Le face-à-face est vif, dense, sérieux. Rien n’y semble forcé. Tout indique un entretien préparé avec soin, mené avec cette tension juste qui distingue les vrais journalistes d’interview des simples distributeurs de questions. Ce qui frappe dans les témoignages, c’est le contraste entre l’intensité du moment et ce qui suivra quelques heures plus tard. Plusieurs proches décrivent un homme en pleine forme, plaisant, détendu, dans son élément. C’est aussi ce décalage brutal qui rend la mort de Benoît Duquesne si difficile à saisir encore aujourd’hui.

La mort de Benoît Duquesne

Après l’enregistrement, le journaliste regagne la péniche où il vit, amarrée à L’Île-Saint-Denis. Le lendemain, vendredi 4 juillet 2014, un collègue le retrouve sans vie. Il avait 56 ans. France 2 annonce aussitôt qu’il a été emporté par une crise cardiaque. La nouvelle sidère. Dans les heures qui suivent, les réactions affluent de toutes parts, depuis les couloirs des rédactions jusqu’aux plus hautes sphères de l’État.

François Hollande comme Manuel Valls saluent un homme attaché à la liberté d’informer et au service public. Ses confrères, eux, parlent surtout d’un collègue fiable, droit, passionné, d’une présence forte sur laquelle on comptait naturellement. Cette unanimité ne relevait pas de la formule de circonstance. Elle disait quelque chose de plus rare : l’estime profonde que laisse un journaliste quand il a su gagner, sans bruit, la confiance de tous. À cet instant, la mort de Benoît Duquesne cesse d’être seulement un fait tragique ; elle devient aussi un moment de mémoire collective pour toute une profession.

Une absence qui a marqué les siens

Au-delà de l’émotion publique, il y a la violence intime d’une disparition soudaine. Benoît Duquesne laisse derrière lui son épouse, Élisabeth, et leurs quatre enfants : Pierre, Marie, Mélanie et Mathilde. Le 10 juillet 2014, lors de ses obsèques à l’église Jeanne-d’Arc de Versailles, une foule nombreuse vient lui rendre hommage.

Beaucoup de grands noms de l’information sont présents, mais ce jour-là, la notoriété compte peu. Ce qui domine, c’est la peine d’une famille frappée sans préparation. Quand un homme meurt ainsi, en pleine activité, sans signe avant-coureur évident, le deuil prend une forme particulière. Il s’accompagne d’incrédulité, de phrases suspendues, d’habitudes soudain brisées. C’est aussi pour cela que la mort de Benoît Duquesne reste un souvenir vif pour ceux qui l’ont connu. Elle n’a pas seulement interrompu une carrière reconnue. Elle a coupé net une vie familiale, un quotidien, des projets, des liens encore en mouvement.

Une mémoire qui se prolonge

Le temps a passé, mais certaines traces ne s’effacent pas. Dans le cas de Benoît Duquesne, la transmission prend un visage concret avec sa fille Marie, engagée elle aussi dans l’audiovisuel. Son parcours à BFMTV, d’abord sur le terrain puis au sein d’une rédaction locale, prolonge à sa manière une histoire familiale liée à l’information. Ce n’est pas une reproduction figée, encore moins un hommage appuyé à chaque étape.

C’est plus simple et plus fort que cela : une manière de faire vivre un héritage professionnel par le travail, la présence, la transmission aux plus jeunes. Lorsqu’elle échange avec des étudiants en journalisme à Nice, elle fait circuler quelque chose qui dépasse la filiation. Elle transmet une idée du métier, faite d’attention, de rigueur et de responsabilité. Dans cette continuité discrète, la mort de Benoît Duquesne ne résume seulement une fin. Elle rappelle aussi qu’un parcours sincère peut continuer d’inspirer longtemps après le silence.

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